Les Rideaux Blancs

samedi 9 octobre 2010

A la lumière

IMG_2719J'ai relevé les yeux

Derrière la fenêtre,
au fond du jour,
des images quand même passent.

Navettes ou anges de l'être
elles réparent l'espace.

A la lumière d'hiver, Philippe Jaccottet, Gallimard, Poésie

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mercredi 24 juin 2009

Pile ou face

Il est un moment où l'on ne sait plus vraiment quoi dire. Il est un moment où l'on a besoin 31380350_pde se nourrir, uniquement. A ce moment-là la lecture redevient la substance qui rassasie. J'ai retrouvé cette nourriture, ce plaisir avec un véritable roman. Et c'est parce que c'est ainsi que je suis entrée dans la lecture que je me suis régalée. Echappée, transportée, intriguée et émue... Pourtant ce roman est loin d'être parfait, techniquement s'entend. Mais qu'importe ?
Nous sommes au XIXème siècle et Rose est la petite fille chérie de Lord Loveall ; sa mère, bibliothécaire chevronnée règnant sur la connaissance, son père fantasque et hanté par sa soeur morte, ses deux amis Stephen et Sarah gravitent autour de la jeune Rose adorée. L'enfance idyllique au manoir des Loveall est troublée par les doutes puis les découvertes de Rose sur son identité : élevée comme une princesse, elle est en fait un garçon. Elle n'est en fait plus rien car elle ne connaît plus sa place ;  ses parents ne sont pas ses vrais parents et son éducation toute entière va à l'encontre de ce qu'elle-il incarne. Drame familial, questionnement intérieur, quête d'équilibre... Rose traverse son initiation sur fond de littérature antique et de ballades ancestrales. Rien n'est manichéen, tout est précaire, tout se transforme en illusion et se confond dans le reflet de la source mythique de Salmacis. Rose est un personnage fascinant et complexe qui évolue dans le décor parfait d'un roman d'époque. Une fresque prenante et nourrissante, oui, juste ce qu'il faut quand on a plus grand-chose à dire...


L'infortunée, Wesley Stace, J'ai Lu, 2007

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dimanche 7 juin 2009

Insomniaque mais pas muette

wcarson5Suivre Carson McCullers dans ses Illuminations et nuits blanches, c'est redécouvrir son oeuvre et contextualiser, entre autres, Le coeur est un chasseur solitaire ou Le Muet. Ce petit livre publié chez 10/18 contient son autobiographie dictée à des secrétaires durant les semaines précédant sa mort en 1967, sa correspondance avec James Reeves, son mari (ex et re) devenu rangers, et trois nouvelles inédites qui illustrent son amour pour le peuple noir. Carson et son histoire tourmentée avec Reeves ; Carson et les hésitations sexuelles de son mari (avec David Diamond) ou les siennes (avec Anne-Marie Schwarzenbach) ; Carson et sa persévérance à écrire alors qu'elle s'apprête à devenir concertiste, à fuir un amour déçu ou bien à mourir. S'imprégner de son univers, de sa tolérance, de son éloge de la différence et de son habileté à écrire la solitude, c'est  une grande victoire pour soi, pour une autre vision du monde, pour un autre nous-même.


Illuminations et nuits blanches, Carson McCullers, 10/18, 2001.

Et encore :

Le coeur est un chasseur solitaire, 1940
Reflets dans un oeil d'or, 1942
La ballade du café triste, 1943 (nouvelles)
Frankie Addams, 1946
L'horloge sans aiguilles, 1961
Le coeur hypothéqué, 1971

http://www.carson-mccullers.com/

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lundi 27 avril 2009

Que je de-Vienne

vacances_vienne_219    vacances_vienne_307    vacances_vienne_074

J'ai vu cette ville d'Autriche. Je l'ai crue belle et froide, prudente et figée, ennuyeuse peut-être. Il était une fois l'histoire d'un empire, l'histoire d'un peuple marqué par la dynastie des Habsbourg... Des palais donc, des restes de vies ré-humanisées dans de somptueux décors. La tête à l'envers perchée dans les lustres 19ème, tendre l'oreille et percevoir au loin la rumeur des audiences de l'empereur... Le passé encore dans les bruits des sabots et les ornements baroques qui coulent en cascades sur des batisses grandioses. Et pourtant si tout est grand, rien ne l'est trop : je ne l'ai pas bien crue, elle est propre et mystérieuse, pragmatique et rêveuse. Pour danser encore, dans les esprits, pour que l'on re-Vienne ?

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lundi 25 juin 2007

Doux comme...

SoieC'est une lecture qui est arrivée par hasard : elle s'est imposée d'elle-même comme une grande lacune, presque une honte. Je n'avais jamais rien lu d'Alessandro Baricco, l'écrivain de Turin. Et pourtant...
Hervé Joncour achète des oeufs, des oeufs de vers à soie. Il part les chercher en Afrique puis les rapporte à Lavilledieu, sa ville d'origine. Là il les vend pour faire vivre les filatures de la région. Un jour, une épidémie touche les oeufs de vers à soie. Hervé Joncour doit partir plus loin ; il doit se rendre au Japon, tout droit à droite "jusqu'à la fin du monde". Il parcourt des kilomètres et il arrive dans le village d'Hara Kei, un homme étrange, calme et respecté. Hara Kei demande à Hervé Joncour de se raconter, de dire sa vie. Il instaure ainsi la confiance et l'échange : Hervé Joncour obtient d'Hara Kei de bons oeufs. Mais au village, dans la maison du maître, il y a quelqu'un qui fascine l'importateur : une jeune fille qui n'a pas le teint jaune ni les yeux d'Orient, et qui ne parle pas le francais...
"C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre."
La vie d'Hervé Joncour s'écoule doucement, et il la regarde, comme il regarde la jeune fille du Japon. Son histoire est pleine de refrains et de codas, de chants et de rythmes. Comment ne pas deviner derrière cette poésie la formation musicale du sieur Barrico ? C'est en tout cas la lecture la plus poétique et la plus touchante de ces dernières semaines. Prochaine visite à l'oeuvre du musicien écrivain de Turin : Novecento : pianiste.


Soie, Alessandro Baricco, 1997

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samedi 23 juin 2007

Le cirque sans se tromper

de_l_eau_pour_les_enfantsJacob Jankowsky a 90 ans. Ou 93. En fait il ne sait plus trop. Il vit dans une maison de retraite fort agréable où il trouve la nourriture infecte et où une nuée de vieilles dames caqueteuses guettent sans cesse le moment où il « cassera sa pipe ».Et puis il n’arrive pas à se rappeler le nom de cette charmante infirmière qui vient le bousculer tous les jours pour qu’il mange et qu’il se lave. La jeune femme lui annonce un jour que le dimanche suivant, les pensionnaires sont de sortie : ils iront tous au cirque. Le cirque, cela provoque chez monsieur Jankowsy une salve de souvenirs. Il se rappelle son enfance ; à la veille de passer son examen final pour devenir un vétérinaire diplômé, le jeune Jacob perd ses parents dans un accident de la route. Déboussolé, sans famille et sans foyer, Jacob rate son examen et part au hasard des routes. Sur son chemin, il voit un train passer et décide d’y grimper : c’est le train du cirque Benzini. Jacob va se faire enrôler comme vétérinaire par l’Oncle Al, le Monsieur Loyal et chef de troupe. Il va découvrir le quotidien des manutentionnaires misérables et alcooliques. Il va tomber amoureux de Marlène, l’écuyère étincelante qui fait danser les chevaux dans son justaucorps à paillettes. Et lorsque que le cirque fait l’acquisition de Rosie, une éléphante un peu retorse et très malicieuse, Jacob sait déjà qu’il ne la quittera plus… Monsieur Jankowsky est un vieux monsieur vraiment très surprenant et il raconte ses péripéties dans le monde du cirque avec beaucoup d’humour. Et après l’avoir écouté, on reste un moment à flâner dans la ménagerie entre les félins, les girafes, les chevaux, et les éléphants. Une ballade agréable, pas transcendente.


De l'eau pour les éléphants, Sara Gruen, Albin Michel, 2007

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lundi 28 mai 2007

Laotongs

fleur_de_neigeLa Laotong en Chine au 19ème siècle, c'est l'âme soeur pour l'éternité. La tradition lie les destins de deux jeunes filles nées le même jour de la même année. Fleur de Lis et Fleur de Neige font parties de ces élues ; la première est fille d'un paysan de condition très modeste, la seconde d'un aristocrate sur le déclin. A l'âge de sept ans, elles sont désignées laotongs réciproques et commencent la douloureuse période du bandage de leurs pieds : plus les pieds d'une chinoise sont mignons et minuscules, plus elle pourra prétendre à une condition sociale plus élévée, autrement dit un bon mariage et le respect de sa belle-famille. Les deux jeunes filles tissent alors une relation très intime qui se développe durant des années, notamment grâce au nu shu : c'est une écriture secrète utilisée exclusivement par les femmes pour communiquer entre elles sans que les hommes puissent les comprendre. Mais alors que Fleur de Lis va réussir à faire un bon mariage dans une famille de notables de l'Empire, Fleur de Neige va être obliger de contracter l'union la plus honteuse qui soit. L'amitié loyale des deux jeunes femmes sera mise à très rude épreuve.
Un roman dont la lecture est très dépaysante : même si l'on ressent parfois quelques longueurs, cette incursion dans la Chine traditionnelle et dans son monde féminin ne perd aucunement son charme.


Fleur de Neige, Lisa See, J'ai Lu, 2007.

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dimanche 27 mai 2007

Quelle lecture pour les "tweenagers" ?

harry_potterDans le dernier numéro du Magazine Littéraire, Michel Smadja s'interroge : "Les jeunes lisents-ils encore ?"
Sociologues, écrivains, professeurs et élèves tentent d'apporter des réponses à cette brûlante question sur l'avenir de la lecture, notamment chez les adolescents. On cite différents facteurs : une "rupture civilsationnelle profonde", l'explosion des médias électroniques, l'absence de transmission familiale du goût de lire, le manque de plaisir à digérer les oeuvres obligatoires à l'école... Ce qu'on peut supposer, c'est simplement que les jeunes individus entrant dans cette période intermédiaire qu'est l'adolescence, ne lisent pas beaucoup moins mais très différemment, et certainement pas ce que leurs parents et professeurs aimeraient les voir lire. Bandes dessinées, romans policiers et science-fiction composent désormais majoritairement le paysage de lectures des jeunes. Est-ce un mal ? A-t-on réellement besoin d'adopter une attitude catastrophée et fataliste sous prétexte que les chers bambins préfèrent s'absorber dans des oeuvres visuelles travaillées et plaisantes ou dans des romans où l'imaginaire futuriste et ésotérique a la plus grande place ? On peut comprendre leur volonté de ne lire que des livres qui ressemblent le moins possible à ce qu'on leur impose en classe, et on peut voir à cela une volonté de réinstaurer la primauté du plaisir de lire. Y a-t-il là quelque chose de vraiment inquiétant? Ce qui est sûr c'est que les études portant sur le sujet sont très récentes, et ne déterminent pas avec exactitude la nature des lectures des tweenagers (ceux qui sont entre deux) ; en clair peu de précision et pas assez de recul pour savoir encore s'il faut crier au loup...


Les jeunes lisent-ils encore ?, p.20, Le Magazine Littéraire n°465, Juin 2007

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lundi 21 mai 2007

L'engagement de l'immaturité

le_livre_de_l_immaturite"Qu'est-ce qui déchaîne les passions? Suis-je épicurienne ou cartésienne ?
Je n'suis  pas une règle de géographie. Pourquoi ici ? Eldorado du romantisme des chiens. Plaque tournante des abusés dont j'abuse aussi. Parce que je donne sa chance à l'incertain et à l'inégal, c'est bien. Chaque minute s'éduque, pour se concentrer. On prend ce dont on a besoin, royale gelée, après c'est la fabrique. Chacun pour soi en communauté. Patience et vide. Liberté."

Attention : univers hermétique. Prenez garde à la poésie qui sort des tripes d'Eva Steinitz. Tout le monde n'y trouvera pas son compte, mais ces mots à la fois pantelants et fiers font de cette femme le focus d'un monde dangereux et admis. Elle se déconstruit avec violence et honte pour mieux se restituer dans les dernières pages, femme ruisselante de vie qui s'accepte et ne s'obscède plus. Des notes rassemblées avec des apostrophes envahissantes, la musique d'un portrait bouleversant, sans complaisance.


Le livre de l'immaturité, Eva Steinitz, éd. Allia, 2007.

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dimanche 20 mai 2007

Il fallait en lire au moins un en entier

Les_enfants_de_la_libert_La 35ème brigade FTP-MOI, c'était un groupe de résistance militaire formé en 1942 avec les mains d'oeuvre du Sud-Ouest de toutes origines. Parmi les polonais, les hongrois, les tchèques, les italiens, les protestants, les juifs, les ouvriers, les paysans, il y avait Raymond, dit "Jeannot". Dans les années 1970, le fils de Raymond livre le récit du combat quotidien et clandestin de ces hommes et femmes pour faire reculer les nazis et la milice française sous l'Occupation. Un à un ils tomberont pour un idéal de liberté, et parce qu'"on est tous l'étranger de quelqu'un".
L'écriture de cet auteur est toujours aussi peu convaincante et à dire vrai, un peu ennuyeuse. Mais ce thème si touchant rend la lecture moins pénible, et si l'on est certes toujours pas convaincu de talent du monsieur, on peut toujours s'accorder ce petit devoir de mémoire. Ca nous change un peu de l'eau de rose dont le parfum est bien plus écoeurant.


Les enfants de la liberté, Marc Levy, éd. Robert Laffont, 2007.

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