mardi 20 mars 2007
L.A.L. du mardi
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur / Harper Lee
L'ombre du vent / Carlos Ruiz Zafon
Microfictions / Régis Jauffret
44 / Kirsty Gunn
Transgression / Uzma Aslam Khan
La fugitive / Herbjorg Wassmo
Rhésus / Héléna Marienské (en cours)
Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux / Kate Atkinson
N.B. : on brasse beaucoup de vent - les lectures profondes et touchantes se font très rares ; est-ce le lecteur qui faiblit dans ses choix ? ...
lundi 19 mars 2007
Ionesco écrit des romans à Montevideo
Carlos Liscano est uruguayen. Il a été condamné par le régime militaire de son pays à treize ans d'enfermement dans un pénitencier pour prisonniers politiques. C'est pendant ces années de prison qu'il a commencé à écrire. Il parle de ces années dans le document L'impunité des bourreaux ou à travers sa fiction Le Fourgon des fous. Il est aussi devenu un admirateur passionné du Désert des Tartares. Souvenirs de la guerre récente est une fable largement inspirée du chef-d'oeuvre de Buzzati ; c'est une histoire de l'absurde dans laquelle un homme est enlevé chez lui par des militaires pour être emmené dans un camps d'entraînement. Là il est préparé pendant des années à une pseudo guerre qui n'arrivera jamais. On lui demande d'accomplir une série de tâches comme garder un rocher ou traduire de l'anglais un manuel sur les fusées. Le protagoniste se sert de la nature comme échappatoire et rêve d'un paradis terrestre où les arbres et les hommes ne feraient qu'un.
Ce conte est troublant ; la profusion de détails rend la situation encore plus incongrue, et l'absence de raisons évidentes, de guerre ou d'ennemis provoque chez le lecteur un certain malaise. Ce conte est dérangeant et c'est ce que j'ai préféré.
"As-tu réussi à échapper à la solitude, lui demandé-je.
A la solitude, non. Mais j'ai échappé au silence."
Souvenirs de la guerre récente, Carlos Liscano, Belfond, 2007.
L'impunité des bourreaux, Carlos Liscano, Bourin éditeur, 2007.
Le Fourgons des fous, Carlos Liscano, Belfond, 2006.
Le Rapporteur et autres récits, Carlos Liscano, 10/18, 2005.
La Route d'Ithaque, Carlos Liscano, 10/18, 2006.
lundi 5 mars 2007
Souvenirs incarnés
Sur la cheminée, la photo d'un jeune homme agé d'à peine 15 ans. Jonas a trois ans ; il fixe cette image longuement mais ne comprend pas qui peut bien être cette ombre sur le manteau de la cheminée.
Dans la plinthe de la chambre, le journal d'un adolescent. Jonas a 13 ans ; il vient de retrouver le journal de son frère Paul, mort quelques 500 jours avant sa propre venue au monde. Au début, ce frère n'est qu'un concept : il devient un manque, une curiosité, puis une quête. La quête incessante d'un alter ego, d'un être d'exception, ou d'un deuil inachevé...
Faire ce chemin inversé en compagnie de Jonas, c'est faire un pacte fragile ; c'est accepter de remonter le temps, de faire face à ce qui est perdu, à ce qui est enfoui. Achever ce livre, c'est faire la nique au temps et à son travail de sape : c'est incarner de beaux souvenirs, des souvenirs que l'on fait siens.
"- Non, l'éternité n'est pas une entité. Et ce n'est pas une divinité non plus. Peut-être est-ce une force. L'éternité est faite de nos pensées et de nos désirs.
- Mais pourquoi l'éternité était-elle amoureuse de toi ?
- L'éternité est amoureuse de tout ce qui est prisonnier du temps. De toi aussi Jonas. L'éternité te voit. Voit tes yeux. Mais tes yeux sont prisonniers du temps. L'éternité n'a pas la perception du temps, l'éternite se meut au-delà du temps et ne peut donc pas voir à travers tes yeux. C'est pourquoi l'éternité est à tout jamais amoureuse de toi et de tous ceux qui éprouvent le temps."
Mon frère et son frère, Hakan Lindquist, 10/18, 2006.








