lundi 28 mai 2007
Laotongs
La Laotong en Chine au 19ème siècle, c'est l'âme soeur pour l'éternité. La tradition lie les destins de deux jeunes filles nées le même jour de la même année. Fleur de Lis et Fleur de Neige font parties de ces élues ; la première est fille d'un paysan de condition très modeste, la seconde d'un aristocrate sur le déclin. A l'âge de sept ans, elles sont désignées laotongs réciproques et commencent la douloureuse période du bandage de leurs pieds : plus les pieds d'une chinoise sont mignons et minuscules, plus elle pourra prétendre à une condition sociale plus élévée, autrement dit un bon mariage et le respect de sa belle-famille. Les deux jeunes filles tissent alors une relation très intime qui se développe durant des années, notamment grâce au nu shu : c'est une écriture secrète utilisée exclusivement par les femmes pour communiquer entre elles sans que les hommes puissent les comprendre. Mais alors que Fleur de Lis va réussir à faire un bon mariage dans une famille de notables de l'Empire, Fleur de Neige va être obliger de contracter l'union la plus honteuse qui soit. L'amitié loyale des deux jeunes femmes sera mise à très rude épreuve.
Un roman dont la lecture est très dépaysante : même si l'on ressent parfois quelques longueurs, cette incursion dans la Chine traditionnelle et dans son monde féminin ne perd aucunement son charme.
Fleur de Neige, Lisa See, J'ai Lu, 2007.
dimanche 27 mai 2007
Quelle lecture pour les "tweenagers" ?
Dans le dernier numéro du Magazine Littéraire, Michel Smadja s'interroge : "Les jeunes lisents-ils encore ?"
Sociologues, écrivains, professeurs et élèves tentent d'apporter des réponses à cette brûlante question sur l'avenir de la lecture, notamment chez les adolescents. On cite différents facteurs : une "rupture civilsationnelle profonde", l'explosion des médias électroniques, l'absence de transmission familiale du goût de lire, le manque de plaisir à digérer les oeuvres obligatoires à l'école... Ce qu'on peut supposer, c'est simplement que les jeunes individus entrant dans cette période intermédiaire qu'est l'adolescence, ne lisent pas beaucoup moins mais très différemment, et certainement pas ce que leurs parents et professeurs aimeraient les voir lire. Bandes dessinées, romans policiers et science-fiction composent désormais majoritairement le paysage de lectures des jeunes. Est-ce un mal ? A-t-on réellement besoin d'adopter une attitude catastrophée et fataliste sous prétexte que les chers bambins préfèrent s'absorber dans des oeuvres visuelles travaillées et plaisantes ou dans des romans où l'imaginaire futuriste et ésotérique a la plus grande place ? On peut comprendre leur volonté de ne lire que des livres qui ressemblent le moins possible à ce qu'on leur impose en classe, et on peut voir à cela une volonté de réinstaurer la primauté du plaisir de lire. Y a-t-il là quelque chose de vraiment inquiétant? Ce qui est sûr c'est que les études portant sur le sujet sont très récentes, et ne déterminent pas avec exactitude la nature des lectures des tweenagers (ceux qui sont entre deux) ; en clair peu de précision et pas assez de recul pour savoir encore s'il faut crier au loup...
Les jeunes lisent-ils encore ?, p.20, Le Magazine Littéraire n°465, Juin 2007
lundi 21 mai 2007
L'engagement de l'immaturité
"Qu'est-ce qui déchaîne les passions? Suis-je épicurienne ou cartésienne ?
Je n'suis pas une règle de géographie. Pourquoi ici ? Eldorado du romantisme des chiens. Plaque tournante des abusés dont j'abuse aussi. Parce que je donne sa chance à l'incertain et à l'inégal, c'est bien. Chaque minute s'éduque, pour se concentrer. On prend ce dont on a besoin, royale gelée, après c'est la fabrique. Chacun pour soi en communauté. Patience et vide. Liberté."
Attention : univers hermétique. Prenez garde à la poésie qui sort des tripes d'Eva Steinitz. Tout le monde n'y trouvera pas son compte, mais ces mots à la fois pantelants et fiers font de cette femme le focus d'un monde dangereux et admis. Elle se déconstruit avec violence et honte pour mieux se restituer dans les dernières pages, femme ruisselante de vie qui s'accepte et ne s'obscède plus. Des notes rassemblées avec des apostrophes envahissantes, la musique d'un portrait bouleversant, sans complaisance.
Le livre de l'immaturité, Eva Steinitz, éd. Allia, 2007.
dimanche 20 mai 2007
Il fallait en lire au moins un en entier
La 35ème brigade FTP-MOI, c'était un groupe de résistance militaire formé en 1942 avec les mains d'oeuvre du Sud-Ouest de toutes origines. Parmi les polonais, les hongrois, les tchèques, les italiens, les protestants, les juifs, les ouvriers, les paysans, il y avait Raymond, dit "Jeannot". Dans les années 1970, le fils de Raymond livre le récit du combat quotidien et clandestin de ces hommes et femmes pour faire reculer les nazis et la milice française sous l'Occupation. Un à un ils tomberont pour un idéal de liberté, et parce qu'"on est tous l'étranger de quelqu'un".
L'écriture de cet auteur est toujours aussi peu convaincante et à dire vrai, un peu ennuyeuse. Mais ce thème si touchant rend la lecture moins pénible, et si l'on est certes toujours pas convaincu de talent du monsieur, on peut toujours s'accorder ce petit devoir de mémoire. Ca nous change un peu de l'eau de rose dont le parfum est bien plus écoeurant.
Les enfants de la liberté, Marc Levy, éd. Robert Laffont, 2007.
dimanche 6 mai 2007
La couleur du vote
Carré rouge, Kazimir Malévitch, 1915
mercredi 2 mai 2007
L'âme des Livres Oubliés à Barcelone
Barcelone, après-guerre ; une ville endormie, dévastée, soucieuse. Le décor est fantomatique : les âmes courbées soignent doucement leurs blessures et dans les regards des passants, un reste de méfiance. Le père de Daniel tient une petite librairie et ne vit que de livres, surtout depuis que sa femme est morte. Un jour, il décide d'emmener son fils âgé de 10 ans dans un endroit mystérieux et sacré entre tous : le Cimetière des Livres Oubliés. Là, Daniel doit pour sa première visite choisir un livre dont plus personne ne veut et l'adopter, le choyer, lui redonner la vie. Daniel choisit un ouvrage qui va influencer largement le cours de sa vie : L'Ombre du vent de Julian Carax. Daniel emporte son trésor et dès le soir le lit d'une traite, fasciné. Peu à peu, il va se mettre à enquêter sur l'auteur de ce chef-d'oeuvre, un homme quasiment inconnu mort dans des circonstances étranges...
L'Ombre du vent est un beau roman initiatique agrémenté de quelques touches de Moine de Lewis. La lecture est prenante et fluide, l'intrigue bien construite. La poésie dans ce livre, c'est surtout Barcelone qui la prodigue : la ville est un personnage à part entière dans le roman, qui crie sur toutes les pages sa richesse et son histoire parfois trouble. Un guide des promenades de Barcelone selon le roman de Carlos Ruiz Zafon vient d'ailleurs de sortir chez Grasset.
L'Ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, Livre de Poche, 2006
Promenades dans la Barcelone de L'Ombre du vent, Collectif, Grasset, 2007








